I. Remarque préliminaire
La conception de l’évaluation s’étant effectuée environ cinq semaines avant la fin de la séquence, il s’est avéré nécessaire d’effectuer quelques transformations. Celles-ci visaient à modifier la formulation de quelques consignes et exercices après concertation avec la praticienne formatrice (Evaluation significative reformulée) et après les avancées de la séquence. Afin de montrer ces modifications, j’ai inséré des commentaires dans la première évaluation formulée (Evaluation significative initiale).
II. Analyse des résultats des élèves
De manière générale, les résultats des élèves peuvent se lire en référence au tableau des résultats. Ce qui m’est apparu important n’était pas tant de voir que la moyenne de classe atteint tel niveau ou que tant d’élèves ont une note se situant au-dessus de la moyenne. Afin de rester dans la thématique de l’analyse de compétences, il s’agit plutôt d’observer l’atteinte du seuil de réussite ou non afin de revenir sur les items qui auraient posé problème et qui pourraient être révélateur d’un problème d’enseignement-apprentissage. Je traiterai cette thématique dans le chapitre III “Propositions de remédiations” du présent travail.
Avant de commencer l’analyse générale, je précise que sur les dix-huit élèves que comptent la classe, seuls dix-sept ont réalisé l’évaluation. Une élève était en stage durant toute la semaine et le semestre touchant à sa fin lorsque j’ai rendu l’évaluation, une semaine plus tard, la praticienne formatrice m’a proposé de ne pas lui faire passer l’évaluation.
D’autre part, bien que les remarques qui suivent n’expliquent pas les résultats de la classe, trois élèves ne réussissent pas leur année de raccordement et n’ont plus la motivation de poursuivre les apprentissages en classe. L’élève 17 est très souvent absente et alors que je lui laissais les documents à disposition « coincés » dans le dictionnaire comme c’est l’usage dans cette classe pour les élèves absents, il m’arrivait fréquemment de les retrouver le lundi suivant toujours à leur place sur le pupitre. Les élèves 9 et 2 sont les deux autres élèves en échec.
L’intérêt dans la réalisation de cette analyse, et plus pratiquement d’un tableau de synthèse, est qu’il nous permet de mesurer les différences qu’il peut exister entre élèves alors même que la notation de leur évaluation est la même. Gagneux (2002, p. 16) le relève à juste titre la difficulté dans le sens où l’enseignant prend conscience des différences et des difficultés rencontrées par les élèves lors de la correction mais qu’une fois la note inscrite dans les carnets, il est bien difficile de s’en rappeler.
Le tableau récapitulatif ci-dessous vise à permettre une vision d’ensemble des résultats et m’a permis de construire mon analyse. Je propose donc de revenir sur chacune des questions en observant l’état des résultats par rapport au seuil de réussite. Ces observations me permettront ensuite de revenir les problèmes d’enseignement-apprentissage qui peuvent expliquer certains résultats. Le tableau des résultats fourni en annexe donne une vision détaillée selon les critères.
| Réussite de la tâche | Atteinte du seuil de réussite | Non-atteinte du seuil de réussite | Rappel du seuil (pts) | Moyenne de la tarification (en points) | |
| Q1 |
0 |
4 |
13 |
2.5 |
1.65 |
| Q2 |
3 |
7 |
7 |
2.5 |
2.26 |
| Q3 |
5 |
9 |
3 |
2 |
2.35 |
| Q4a) |
16 |
0 |
1 |
1 |
1.88 |
| Q4b) |
6 |
0 |
11 |
1 |
0.59 |
| Q4c) |
1 |
2 |
14 |
2 |
0.97 |
| Q4d) |
0 |
7 |
10 |
1 |
0.71 |
| Qe) |
3 |
1 |
13 |
0.5 |
0.21 |
| Q4f) |
6 |
2 |
9 |
1 |
0.41 |
| Q5 |
2 |
4 |
11 |
3 |
1.71 |
|
|
|
|
16.5pts |
12.74 |
A un niveau formel, il a été décidé que la note de 4 allait être fixée à un seuil général de 55% de la totalité de la tarification obtenue par l’élève. Je me suis aussi plus ou moins basée sur ce seuil pour fixer les seuils de réussite pour chaque question sauf pour les questions 4a, 4d, 4e, 4f, et 5 où le seuil a été placé à 50% et pour la question 4b, qui ne comporte pas de seuil.
Les tâches qui ont fonctionné et dont le seuil de réussite est atteint par la moyenne des élèves sont les questions 3 et 4a. Ces deux questions sont de type fermées et peuvent expliquer ces résultats. D’autre part, la question 4a se réfère à des éléments vus en classe la semaine précédente par les élèves. La justesse des réponses peuvent s’expliquer de plusieurs manières : la « fraicheur » de l’apprentissage, le fait qu’il concerne un élément que je qualifierai de contemporain pour les élèves car ils ont entendu parler du TPI mis en place pour les jugements en Ex-Yougoslavie et enfin, l’enseignement de cet aspect, qui visait à faire prendre conscience aux élèves du paradoxe entre l’immobilisme de la communauté internationale durant le génocide et finalement sa participation aux jugements. Les élèves se sont retrouvés face à une « situation problème » car dans leurs représentations, un organisme comme l’ONU tel qu’ils se l’imaginent et en entendent parler ne peut pas ne pas intervenir face à un évènement aussi tragique que le génocide rwandais. Cette dernière remarque fut fortement accentuée à partir du moment où les élèves ont suivi l’activité sur le film « Hotel Rwanda ».
Les questions 2, 4d, 4e et 4f ont des moyennes proches du seuil de réussite. La première observe une différence de 0.25 pts, la seconde de 0.29 pts, la troisième de 0.29 pts et la dernière de 0.09 pts. J’émets plusieurs hypothèses à ce sujet, dont la principale est la compréhension des consignes. Dans le cas de la question 2, certains élèves ont pu être bloqués par la contrainte de l’utilisation d’un certain nombre de mots. La question 4d demandait quant à elle une bonne compréhension de l’article et obligeait les élèves à observer une certaine abstraction en se référant à des connaissances acquises en classe. La question 4e n’a pas été réalisée par treize élèves sur dix-sept. Je m’interroge encore sur cet échec car la question guide l’élève. Un élève a obtenu un demi point pour un soulignage incomplet, deux élèves n’ont rien souligné et onze élèves ont souligné un élément hors sujet mais pratiquement le même et qui se rapporte à un élément biographique de l’accusé mais qui ne répond pas à la question (voir évaluation17 pour exemple). La question était peut-être trop pointue pour des élèves qui venaient de prendre connaissance d’un texte inconnu et de ce fait, ne leur permettait pas de rechercher ce type d’information sans relire l’intégralité du texte, ce qu’ils n’avaient peut-être pas le temps de faire. J’émettrai les mêmes remarques pour la question 4f à la différence que les élèves devaient reporter une phrase.
Je vais maintenant reprendre les questions qui n’ont pas permis à la moyenne des élèves d’atteindre le seuil de réussite. Il s’agit des questions 1, 4b, 4c et 5. La question 1 a posé problème pour plusieurs élèves, les résultats sont très mitigés (voir tableau des résultats). Comme je l’ai déjà dit, la redondance de l’exercice pouvait le rendre ennuyeux et complexe. Les élèves peuvent avoir pris peur devant l’ampleur du travail que l’exercice semble donner par son apparence et préféré ne pas s’appliquer plus que nécessaire. De plus, s’agissant du premier exercice, ils peuvent s’être imaginés que ce n’était pas celui qui comptabiliserait le plus de points. Je remets en question la qualité de cet exercice car il est clair qu’il était surchargé au niveau de la tarification et qu’au niveau de la correction, il a posé le problème de finalement compter deux fois la même erreur : un élément mal placé entraîne forcément qu’un autre élément au moins sera mal placé. Dans ce cas, faut-il compter deux fois l’erreur ou qu’une seule fois ? En choisissant la seconde solution, on « offrirait » des points aux élèves qui commettraient des erreurs. Mais en choisissant la première, on sanctionne doublement l’élève. Après réflexion, il faudrait remédier à cet exercice en le tarifant par exemple de la moitié par rapport à ce qui est demandé. Ainsi, il s’agirait de ne compter qu’une seule fois une erreur, fatalement double. Car si une erreur est fatalement double, une réponse correcte le sera aussi. Ainsi, la taille de la tarification adjugée à ce type d’exercice serait réduite et diminuerait la tarification totale de la partie « Connaissances ». D’autre part, j’ajouterai encore que les élèves n’avaient pas l’habitude de ce genre d’exercice avec leur enseignante régulière. Je l’ai pour ma part entraîné au tableau noir lors du moment de rappels en début de période des notions vues la semaine précédente ou en fin de période. De par la méconnaissance de la classe et des élèves, je n’ai pas répondu à la définition d’une compétence qui selon Jadoulle et Bouhon (2003, p. 43) est “l’aptitude de l’élève à mobiliser, dans un type de situation déterminé, un ensemble de connaissances-ressources (savoirs, savoir-faire…) préalablement apprises” bien que Beckers (2002, p. 61) rappelle que les “tâches trop procéduralisées ou déjà automatisées par le sujet ne laissent pas d’espace à la construction de sens. Trop centrées sur la réussite, elles n’invitent pas à la réflexion; elles risquent de ne pas laisser de traces chez l’individu en développement.” Toujours selon Beckers, la tâche que l’enseignant doit aménager sera complexe au sens où elle doit potentiellement déséqulibrer les élèves”. Bien que la question 1 visait dans un premier temps à la vérification de connaissances, il s’agissait de les mettre en contexte au travers d’une tâche. Je concluerai en rappelant que le travail sur les chronologies est difficile par l’abstraction qu’il demande aux élèves de manière générale.
La question 4b n’avait pas de seuil de réussite car elle comportait une réponse unique (« les Hutus »). Les élèves se partagent en deux groupes distincts par rapport à leurs réponses : ceux qui ont pu faire l’abstraction et donner la réponse correcte, et ceux qui se sont collés au texte et qui ont noté « Aloys Ntabakuze et Anatole Nsengiyumva ». Les élèves se sont référés au texte, comme cela leur était finalement demandé dans le sous-titre encadré « Activités à partir d’un texte ». La question n’apportant aucune précision par rapport au matériel de connaissances auquel ils devaient se référer, les élèves ont répondu sans comprendre la visée générale de la question, dont je remets volontiers en cause la formulation ! Toutefois, j’ai décidé de n’accorder que la moitié des points si ces élèves ne notaient pas en plus « Théoneste Bagosora » car il était évidemment mentionné dans l’article.
La question 4c n’était pas assez claire car les élèves n’ont pas tous relevé le même thème. J’ai pourtant décidé d’accorder un point pour le thème proposé pour autant qu’il se retrouvait dans l’article. Par contre, alors qu’il s’agissait de corroborer cette réponse par deux éléments apparaissant dans le texte, les élèves n’ont pas forcément réussi. Cela m’indique que ma question était très dirigée et ne permettait pas aux élèves d’acquérir des points s’ils n’avaient pas proposé un thème qui puisse être corroboré par le texte. Je persiste à imaginer que le temps qui file et le stress qui s’installe durant l’évaluation joue un rôle dans cette approche. J’émets l’hypothèse que les élèves ne trouvant pas d’éléments corroborant leur thème n’ont pas rechercher un autre thème.
Enfin, la question 5 était la plus difficile car les élèves devaient procéder à la construction d’une argumentation se basant sur leurs connaissances, qu’ils devaient relier à l’argumentation de l’auteure de l’article. La praticienne formatrice m’a appris, lors de la remise des évaluations, que les élèves travaillaient l’argumentation en français à force de textes et d’activités. Ce n’était donc pas un exercice qui aurait dû leur poser problème.
Certaines réponses m’ont clairement fait comprendre que les élèves n’avaient pas lu assez attentivement la consigne, dont la formulation pourrait être améliorée. Alors que je demandais « …une analyse, consistant en 3 arguments, qui reprenne les éléments de jugement émis par l’auteure… », les élèves 3, 6, 7, 8, 10 et 14 ont retenu uniquement le mot « jugement » et ont recherché dans l’article, des arguments se référant au jugement des accusés. Il est vrai qu’il existe une certaine ambiguité dans l’utilisation de ce terme mais les élèves ayant réussi cette tâche ont compris la consigne. Elle n’était donc pas insurmontable.
Le manque d’assiduité pour cet exercice peut s’expliquer par le fait qu’il arrive en fin d’évaluation. Il pourrait s’agir d’un problème de gestion de temps. D’ailleurs, on pourrait se demander si la durée de l’évaluation, compte tenu que c’était la première fois que ces élèves passaient une évaluation avec moi, n’était pas trop longue. La sanction est rude car l’exercice demande de l’analyse et de l’abstraction. La pondération de cet exercice est importante et sa non-réalisation a des conséquences directes sur l’acquisition des compétences par les élèves.
- Le cas de trois élèves
Les trois élèves choisis sont les élèves 1, 15 et 16. Le choix s’est porté sur ces trois évaluations car elles présentent toutes des résultats différents et permettront de voir émerger différentes approches.
L’élève 1 obtient un résultat final de 79% et atteint le seuil de réussite des questions 1, 2, 3, 4a) b) d) e) f) et 5. A un niveau purement chiffré, la moyenne du seuil de maîtrise se montait à 16.5 pts et cet élève obtient 22 pts. Elle a donc de manière générale, largement atteint les compétences de l’évaluation (voir tableau fiche des critères – élève 1). Aucun élève n’a obtenu le maximum de points à la question 1 et le résultat de l’élève 1 (3.5 pts) est le meilleur. Elle a donc parfaitement intégré les éléments chronologiques de la thématique. Cela peut expliquer une partie de ses résultats. En effet, ces connaissances peuvent servir de support aux autres connaissances et ont pu lui permettre de structurer son raisonnement. D’ailleurs, la clarté de ses idées dans la définition des effets silencieux d’une colonisation démontrent une prise de distance avec le sujet. La question 3 est totalement maîtrisée. L’élève totalise 11 points sur les 12 qu’il était possible de réaliser pour les questions liées aux connaissances.
En ce qui concerne l’acquisition des compétences, le fait qu’elle obtienne des scores maximums pour les questions 4a, 4b, 4e et 4f démontre la maîtrise de la compétence 1.1 (2 tâches sur 4 réussies à 100%) et des compétences 1.2 et 2 (2 tâches sur 3 réussies). Plus spécifiquement, on peut voir que sa réponse à la question 4b démontre une maîtrise de l’abstraction qui était demandée. L’élève ne reste pas collée au texte mais est capable d’analyse. Sa réponse à la question 4c, qui demande à l’élève de se référer uniquement à l’article, montre le contraire.
Pour terminer, l’élève 1 obtient le second meilleur résultat pour la tâche 5 en réalisant 4 points sur 6 (pour rappel, le seuil de réussite a été fixé à 3pts). Elle a clairement été capable de produire deux arguments sur les trois. Devant la qualité de ses réponses, j’émets l’hypothèse qu’elle n’a peut-être pas vu qu’il y avait un troisième argument sur la page 3 de l’évaluation.
L’élève 13 obtient un résultat final de 55%. Cet élève a obtenu la tarification maximale pour les questions 3, 4a, 4b et 5. Toutes les autres questions n’atteignent même pas les seuils de réussite fixés. Cette trace est particulière car elle démontre une capacité de la part de l’élève à maîtriser totalement certaines tâches (dont la question 5) et pas du tout d’autres tâches. Certes, elle n’est qu’à un demi point du seuil de réussite pour la question 2 mais les résultats liés aux tâches demandant à l’élève de travailler avec l’article sont pauvres, voir nuls. C’est le cas de la question 4c (analyse de la thématique) où l’élève répond selon sa réflexion mais sans référence à l’article. Il répond à la question par la forme (un thème et deux éléments explicatifs) mais pas par le fond ! Peut-être a-t-il retenu dans la consigne « le thème principal » sans lire la suite et a donc assimilé le thème principal à celui de la séquence. Cet élève se révèle aussi incapable de retrouver dans le texte, ou de faire émerger, des phrases ou expressions répondant aux consignes des questions 4d et 4f. Les résultats qui découlent de cette évaluation, par rapport à la vérification des compétences, démontrent que l’élève n’atteint pas le seuil de réussite de la compétence 1.1 et que par contre, il atteint plus que largement les compétences 1.2 et 2 (voir tableau fiche critères élève – 13).
L’élève 16 présente un résultat final de 34% de la tarification totale. Cet élève a maîtrisé les tâches relatives à la vérification des connaissances en obtenant 7.5 pts sur les 12 que totalisaient les trois premières questions. Il atteint aussi deux fois le seuil de réussite pour les questions 2 et 3. Il démontre ainsi avoir acquis un certain nombre de connaissances relatives à la thématique. Par contre, les choses ne vont pas aussi bien pour les tâches relevant des compétences. Cet élève n’atteint jamais le seuil de réussite pour les questions 4 et 5 et ne comptabilise au total seulement 2 pts sur l’ensemble de ces questions. Nous ne pouvons alors qu’observer que l’élève n’atteint pas les compétences évaluées, obtenant le score de 2 pts pour la compétence 1.1 et de 0 pt pour les compétences 1.2 et 2 (voir tableau fiche critères élève – 16). Dès lors, il semble nécessaire de poser quelques hypothèses explicatives. Je ne reviendrai pas sur les trois premières questions, celles-ci ayant déjà été traitée dans les parties précédentes. La première hypothèse que j’émets concerne la compréhension des consignes. L’élève semble en effet prendre les consignes « au mot » et ne pas les lire jusqu’au bout. Par exemple, dans l’exercice 4a, il ne conduit aucune réflexion par rapport au TPIR mais reste « collé » à la réalité en employant un vocabulaire non spécifique (« Ceux qui ont planifié les massacres et ceux qui les ont réalisé »). Cette hypothèse peut se répéter au travers des questions 4c, 4d et 5. La 4d est révélatrice : l’élève a seulement retenu de la consigne les lettres écrites en majuscules « TPIR » et a fourni la signification de cette abréviation.
J’ajouterai encore que l’élève n’a peut-être pas compris l’article dont il est question, soit pour des problèmes de lecture, soit pour une question de temps ou encore à cause du stress causé par la situation. Le fait de ne pas connaître les élèves, leur vécu et leur situation ne me permet pas d’émettre plus d’observations à ce niveau.
III. Propositions de remédiations
Durant le cours de didactique sur le développement de savoir-faire par rapport au texte (séance du 21.04.09), nous avons pu observer différentes façons d’aborder ce type d’activités. Il est toujours difficile d’aborder un retour sur des problèmes d’enseignement-apprentissage lorsque l’on se trouve en situation de stage A, qui ne nous permet que de rester dans une classe quelques mois et pas une année entière car nous nous retrouvons face à des élèves dont nous ne connaissons pas les outils qu’ils ont l’habitude d’utiliser. A cela s’ajoute le fait que nos études nous font aborder l’enseignement par le canal des compétences et que nous nous trouvons parfois en porte à faux avec le mode d’enseignement du praticien formateur, auquel sont habitués les élèves.
C’est pourquoi j’intégrerai dorénavant des fiches savoirs-faire de type « Dresser la carte d’identité d’un document » ou « Analyser une trace écrite » (voir bibliographie) en début d’année avec une approche qui pourrait se faire par groupe, chaque groupe ayant un type de texte différent à observer et à présenter au reste de la classe.
Allant dans ce sens et par rapport à la séquence dans son ensemble, il me semble judicieux qu’à l’avenir, dans le cas d’une classe que je ne connais pas, de débuter la séquence par une évaluation diagnostique qui s’attache à évaluer le niveau de maîtrise des compétences par les élèves. C’est dans le cadre du module MSENS32 de Mme. Tinembart et de M. Pasquini que j’ai travaillé les différents types d’évaluation. Lors de la dernière séance du cours de didactique d’histoire, nous avons pu voir les informations que peuvent apporter ce type d’évaluation. J’avais bien fait passer une évaluation diagnostique à cette classe mais comme il s’agissait d’un tout premier essai, elle avait plus consisté en une évaluation des connaissances actuelles sur la situation du Rwanda que réellement des compétences. Dorénavant, et c’est ce que j’ai pu apprendre durant le séminaire du module MSENS32, l’évaluation diagnostique doit s’effectuer dans le sens des compétences que nous nous fixons pour la séquence à enseigner et servir à modifier notre planification afin que l’évaluation significative concorde avec nos objectifs.
Un autre point sur lequel je souhaite revenir relève d’une erreur de ma part dans la non-transcription des points sur l’évaluation en elle-même. Durant l’évaluation, les élèves sont stressés, le temps passe vite et à un niveau purement visuel, il aurait été judicieux de poser la tarification à côté de chaque question. De même pour le retour, les élèves sont habitués à pouvoir observer leurs résultats en les reliant à leurs réponses.
Le dernier point que je souhaite remédier dans le cadre de ce travail est qu’il ne figure pas dans mon évaluation de critères de « perfectionnement ». Ceux-ci peuvent consister en des critères comme le soin (lisibilité de l’écriture, ratures, …) ou l’orthographe. Bouhon et Domboise (2002, p. 22) distinguent les critères minimaux des critères de perfectionnement. Alors que les premiers permettent de « déterminer la réussite ou l’échec », les seconds permettent d’observer chez un élève ayant atteint le seuil de réussite la capacité à perfectionner son retour, sans être un facteur de réussite. Riche de cette observation, j’ai essayé de remédier à cette situation dans une évaluation effectuée dans une autre classe. Pour cela, j’ai tarifé de deux points l’orthographe des mots liés à la discipline de l’histoire. A chaque faute d’orthographe, de majuscule ou de recopie lorsqu’il s’agissait de citer un extrait de texte, j’enlevais un demi point. Cette méthode m’a paru fort avantageuse car elle m’a permis non seulement de vérifier un aspect important de toute discipline sans pour autant faire sombrer les élèves qui auraient des difficultés avec la langue. Dorénavant, je considérerai cette méthode comme faisant partie intégrante de toute évaluation. Du point de vue des élèves, ces derniers ont d’emblée compris mon explication donnée avant l’évaluation et acquis cette démarche.
IV. Analyse rétrospective du dispositif d’évaluation
- Retour sur la forme
Dans un premier temps, je souhaite revenir sur la formulation des questions de la partie “Connaissances” de l’évaluation. Lors d’une séance du cours MSHIS11 sur les questions à choix multiple (séance de didactique d’histoire du 31 mars 2009), nous avons pu approcher différents exemples de questions lors de la restitution de connaissances. L’auteur du document auquel je me réfère privilégie une approche “Allant dans le sens d’une compréhension de l’histoire par l’élève” par opposition à celle “Allant dans le sens d’une évaluation traditionnelle” (dossier de documents distribué par M. Kaufmann). La formulation des questions ne doit pas être univoque (par ex: Donne la définition de…) mais permettre à l’élève de construire, en partant de ses connaissances, une restitution que je qualifierai de plus ludique.
- Retour sur la grille d’évaluation
Selon Bouhon et Domboise (2002, p. 22), les critères expriment une qualité de la production. Par exemple, un critère devrait permettre d’évaluer plusieurs questions qui relèvent d’une même compétence. Il est évident que les critères servent à évaluer les compétences. Hors, dans la grille que j’ai conçue, j’y ai reporté un critère par question. Certes, tous ces critères visent bien à évaluer les compétences mentionnées , puisque les questions de l’évaluation ont été construites d’une part, en référence aux compétences exercées durant la séquence et d’autre part, aux tâches que les élèves ont eu à réaliser.
Les indicateurs que j’ai choisi, “Eléments à observer très concrètement dans chaque production pour s’assurer que tel ou tel critère est maîtrisé ou pas” (Bouhon et Domboise, 2002), m’ont permis d’évaluer les critères que j’ai construit. Toutefois, les auteurs ajoutent: ” Il est souvent nécessaire d’observer plusieurs indicateurs pour évaluer un critère”. Cette remarque confirme que l’organisation de ma grille mériterait quelques modifications. C’est par exemple le cas pour le critère “Classement chronologique d’évènements historiques rwandais”, qui au final, permet à lui seul d’évaluer la question 1. Toutefois, il s’agit ici de questions portant sur une vérification pure des connaissances. Dans le cadre de cette évaluation, j’ai réuni ces questions sous une compétence que j’ai pris la liberté de nommer “Acquisition de connaissances”. Dans les fiches récapitulatives pour les élèves, j’y ai noté un seuil de réussite qui nous permet d’évaluer le degré d’acquisition des connaissances.
Le critère “analyse d’une argumentation selon des connaissances acquises” mériterait quant à lui une plus grande précision pour assurer une correction objective. Ceci dit, en m’attachant à noter, au fur et à mesure de la correction des évaluations, sur une feuille à part les indicateurs que j’utilisais, j’ai néanmoins assurer une correction évitant tout glissement subjectif (voir “Fiche indicateurs” en annexe). Je considère que pour une première utilisation d’un tableau de critères et d’indicateurs, j’ai trouvé un moyen détourné, d’appliquer la démarche demandée. Il s’agit maintenant de s’habituer à cette démarche, de prendre l’habitude de construire des critères et des indicateurs qui à force d’expériences, seront de plus en plus facile à utiliser et à maîtriser.
L’aspect complexe du lien entre les questions et les compétences m’amènent à observer que d’une part, il est difficile de bien différencier les compétences et d’autre part, la vérification des compétences par des tâches structurées sous la forme de questions est difficile à évaluer avec des critères et des indicateurs.
La grille d’évaluation que j’ai construite reflète une évaluation qui tend à l’objectivité. La correction de tous les tests s’étant effectué question après question, cela permet déjà de conclure à un premier seuil d’objectivité. Le fait que j’avais noté les indicateurs sur une feuille annexe m’a permis de les compléter au fur et à mesure de la correction car il arrivait que je n’aie pas imaginé certains raisonnements que les élèves pouvaient avoir. C’est le cas par exemple de la question 4b (voir chapitre “Analyse générale des résultats” et la fiche “indicateurs” en annexe).
- Pondération
La vérification de connaissances peut constituer une partie de l’évaluation de compétences. Toutefois, cette partie ne doit pas être prédominante par rapport aux tâches relevant de la vérification de compétences . C’est pourquoi la partie “Connaissances” ne comporte que trois questions contre huit pour la partie “Activités à partir d’un texte”. Cependant, durant la phase de tarification des différentes questions, je me suis rendue compte que les activités de vérification de connaissances allaient réunir un nombre de points finalement peu inférieurs par rapport à la partie d’analyse. Cela vient principalement de la question 1. Cette dernière induit une double tâche, redondante. L’élève devait d’une part classer des évènements dans un ordre chronologique et d’autre part, y ajouter des dates. Finalement, j’aurai pu partir du principe que si l’élève est capable de réaliser le classement, il maîtrise l’aspect “date”. afin de rester cohérente, je me suis retrouvée à tarifer chacun des deux tâches (voir remarques ci-dessus dans le chapitre Analyse).
V. Conclusion
L’approche de l’évaluation par compétences est fort nouvelle dans la conception de l’enseignement et elle demande un temps d’adaptation. Ce temps parait de prime abord laborieux et long car il n’existe pas encore assez de collaboration pour établir des registres de critères et d’indicateurs. En tant qu’enseignants en apprentissage, nous nous trouvons en tout début de carrière et avons tout à construire. C’est ce qui fait la richesse et la difficulté de l’expérience.
C’est finalement ce que reflète le travail présenté ci-dessus : les tâtonnements qui vont me permettre de construire mon enseignement. A ce sujet, l’analyse de la construction des critères, des indicateurs et la manière dont j’ai essayé de les lier aux compétences à évaluer à partir des traces produites par les élèves permet de prendre beaucoup plus de recul qu’une simple analyse basée sur des supports théoriques. Ces derniers m’ont permis l’analyse mais ce sont surtout les traces qui m’ont amenée à remettre en cause la construction globale de cette évaluation et de la séquence.
L’expression « C’est en forgeant que l’on devient forgeron » me parait synthétiser les remarques émises ci-dessus. Les outils ne suffisent pas à eux seuls, il faut les travailler, les intégrer et les vérifier. Ce n’est que l’analyse rétrospective de tout un processus qui permet de prendre conscience de chacun de ses rouages. André Gagneux (2002, p. 131) relève que “L’enseignant doit être en recherche permanente tout au long de sa carrière, mais, praticien de l’éducation au quotidien, il ne peut pas attendre d’avoir résolu tous les problèmes théoriques ou pratiques pour mettre en œuvre des améliorations de son action auprès des élèves.”
VI. Bibliographie
- Documents de cours du 31.03.09 et du 21.04.09
- Cadre général de l’évaluation
- BECKERS J. (2002). Développer et évaluer des compétences à l’école: vers plus d’efficacité et d’équité. Bruxelles: Labor Education.
- BOUHON M., DOMBOISE C. (2002). Evaluer des compétences en classe d’histoire. Louvain-La-Neuve, pp. 15-17, 20-23 et 30-32
- GAGNEUX, A. (2002). Evaluer autrement les élèves. Paris: PUF
- JADOULLE J-L. BOUHON M. (2003). Développer des compétences en classe d’histoire. Louvain-la-Neuve
VII. Annexes:
- tableau des résultats: tableau des résultats
- corrigé: corrigé de l’évaluation
- indicateurs (fiche de correction): fiche indicateurs
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Nom : ……………………………………. Note : ………………………. |
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Compétences visées : 1. Exploiter un document historique selon sa nature et son contexte propre. 2. Maîtriser en situation un vocabulaire historique spécifique appliqué aux faits culturels, économiques, politiques et sociaux. Compétences associées : 1.1 Associer des savoirs pertinents à des informations tirées d’un document 1.2 Conduire une analyse critique d’un document 2.1 Prendre des notes, à partir de l’écrit ou de l’oral, pour les utiliser en situation |
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Critères |
Points |
Seuil de réussite |
Points acquis |
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Acquisition de connaissances |
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classement chronologique d’évènements historiques rwandais |
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rédaction d’une définition |
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Connaissance d’un vocabulaire spécifique à une thématique |
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mise en lien avec des connaissances acquises en classe [Q4a) et Q4b) ] |
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analyse de la thématique de l’article |
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réflexion issue d’une comparaison entre connaissances acquises en classe et issues de l’article |
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recherche d’une information dans le texte corroborant une affirmation [Q4e) et Q4f)] |
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analyse d’une argumentation selon des connaissances acquises |
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Total |
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